Vingt mille léproseries au Moyen Âge ?
Tradition française d'un poncif historiographique.

Bruno TABUTEAU, docteur en histoire (PhD), Laboratoire d'Archéologie et d'Histoire Médiévales - CAHMER, Université de Picardie-Jules Verne

"La nécessité de préserver de la contagion en isolant les lépreux se fit sentir de plus en plus : asiles, hôpitaux spéciaux se fondèrent en grand nombre dans toute l'Europe sous le nom de léproseries, ladreries, maladreries, maladières, misellaria, mézelleries, lazarets, etc. On évalue leur nombre à plus de 20 000 en Europe, 2 000 ou environ en France". La citation est extraite d'une page électronique, datée de 2005, sur "Les lépreux au Moyen Âge". Cette page de l'encyclopédie gratuite en ligne Imago Mundi (1) est la première que l'on trouve à l'heure actuelle en tapotant : lèpre + Moyen Âge, sur quelque moteur de recherche. Parmi tous les clichés, outrances, confusions, invraisemblances et anachronismes mêlés de juste sur la lèpre médiévale que l'article véhicule, la question du nombre des léproseries retiendra ici notre attention. Elle illustre le décalage persistant entre la mise à jour de la recherche historique sur une maladie emblématique du Moyen Âge, qui s'est opérée depuis deux décennies déjà en France, et une certaine vulgarisation qui se nourrit toujours d'une historiographie traditionnelle copieuse, certes, mais désormais largement, sinon même complètement surannée.
Aux XIXe et XXe siècles, en effet, savants "antiquaires" et érudits locaux ont accumulé ces travaux monographiques dans lesquels il est fréquent de trouver d'utiles exposés plus ou moins fournis, voire des études entières sur les anciennes maladreries. Il est bien rare, en revanche, d'y lire des analyses pertinentes sur l'impact sanitaire et socio-culturel de la lèpre, la condition des lépreux et la destination des léproseries au Moyen Âge. Pour souligner les "progrès effrayants" du "fléau" qu'évoque encore Imago Mundi, plusieurs de ces auteurs ont parlé des 19 000 léproseries de la chrétienté et des 2 000 du royaume de France au XIIIe siècle, qu'aurait nécessité l'isolement ou enfermement d'une population croissante de malades depuis les croisades. Autres poncifs. L'Encyclopædia Universalis s'en fait l'écho pareillement : "À la suite des Croisades, [la lèpre] atteint son apogée en Europe aux XIIe et XIIIe siècles. Elle inspire à cette époque une terreur telle que les lépreux sont frappés de mort civile et rejetés de la communauté humaine après une cérémonie de separatio leprosorum. Il existe alors pour les recueillir environ 19 000 léproseries dans toute la chrétienté, et près de 2 000 en France seulement".(2) Quoi d'étonnant quand universitaires et chercheurs attitrés ont sacrifié eux-mêmes à la tradition historiographique, la sanctionnant ainsi de leur autorité, jusque dans des livres de référence ! Les exemples abondent, rien que sur le nombre d'établissements, surtout pour le royaume de France. Qu'on nous pardonne de citer au premier chef, et sans nulle impudence pourtant, ces maîtres à qui les médiévistes, singulièrement, sont tellement redevables par ailleurs : Jean Favier, Jean Imbert, Jacques Le Goff, Michel Mollat.(3) Et le philosophe Michel Foucault, qui, dans sa fameuse Histoire de la folie à l'âge classique, reprend d'entrée les deux chiffres. Un encyclopédiste comme Michel Mourre n'y a pas davantage manqué.(4)
Une erreur de Du Cange ?
Les historiens locaux ont, d'ordinaire, rapporté ces chiffres à leurs sources : le chroniqueur anglais Matthieu Paris pour les 19 000 léproseries européennes, Europe et chrétienté étant souvent confondues ; le roi Louis VIII pour les 2 000 françaises. Source présumée en ce qui concerne Matthieu Paris, et érudition de seconde main, les auteurs s'étant d'abord fié les uns aux autres. Matthieu Paris a été moine à l'abbaye bénédictine de Saint-Albans, où il est mort en 1259. Il est resté le plus célèbre des chroniqueurs monastiques du Moyen Âge anglais. Son œuvre maîtresse a été les Grandes chroniques, où sont mentionnées, à l'année 1244, 19 000 maisons ou "manoirs" de l'ordre des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem dans la chrétienté, après 9 000 maisons des templiers, et non pas 19 000 maladreries : "Habent insuper Templarii in Christianitate novem milia maneriorum, Hospitalarii vero novendecim".(5) Dès 1891, l'historien belge Godefroid Kurth a dénoncé l'erreur colportée jusqu'à nos jours, imputant celle-ci à Charles du Fresne, sieur du Cange, historien et philologue distingué du Grand Siècle.(6) D'après le Glossaire de la moyenne et de la basse latinité de Du Cange, Matthieu Paris aurait affirmé qu'à son époque il y avait 1 900 (sic) léproseries dans tout le monde chrétien : "Dom. Matthaeus Paris Hist. Angl. pag. 63 affirmat suo tempore fuisse Leprosarias 1 900 in toto orbe Christiano".(7) Appliqué à ces établissements, le chiffre du chroniqueur était faussé de surcroît par l'omission d'un zéro. Kurth semble avoir découvert le problème à la lecture d'un sagace devancier, cinquante ans auparavant, en la personne non d'un historien mais de l'obstétricien écossais James Simpson, qu'il cite nommément.(8) Or, combien en France, à l'instar de Léon Lallemand, ont lu Kurth et plus encore Simpson ?(9) Même au Royaume-Uni, l'auteur de l'article sur la lèpre de l'Encyclopædia Britannica, dans l'édition de 1911 par exemple, a eu beau indiquer qu'il se référait à Simpson pour tout ce qui regardait la lèpre médiévale dans son pays, il n'en a pas moins imperturbablement reproduit le chiffre de 19 000 léproseries, et sans l'attribuer à quiconque.(10) À la fin du XIXe siècle, Kurth regrettait que la rectification de Simpson ait passé inaperçue.(11) Près de cent autres années se seront écoulées avant que, vers la fin du XXe siècle, on relève son propre commentaire.(12) Il n'empêche que ni Kurth ni Simpson n'ont eu raison d'incriminer Du Cange, qui a été, en l'occurrence, la victime posthume du succès de son Glossaire. Car les rééditions successives ont beaucoup augmenté l'ouvrage, à commencer par celles des bénédictins de la congrégation de Saint-Maur en 1733-1736, puis en 1766. Les mauristes ont multiplié articles et développements sur la lèpre et, en vérité, c'est à ces savants moines, peut-être à dom Maur Dantine spécialement, l'auteur initial de l'Art de vérifier les dates, que nous devons notamment l'article sur les léproseries (Leprosaria) qui renvoie à Matthieu Paris. Cet article ne figure pas dans les éditions antérieures (13) et un signe ¶ précédant le mot d'entrée, identifie l'adjonction des bénédictins.
Quant à leur référence à l'Histoire des Anglais de Matthieu Paris ("Matthaeus Paris Hist. Angl. pag. 63"), qu'elle ne nous égare pas. Nous avons affaire aux Chronica majora sous le titre d'Historia major [Angliæ ou Anglorum] adopté par les éditeurs modernes des Grandes chroniques, et non pas à l'Historia Anglorum, dite Historia minor, autre chronique qui est essentiellement un abrégé des Chronica majora centré sur l'histoire anglaise et dont le chiffre erroné est absent.(14) Laquelle des éditions modernes de l'"Historia major" contient-elle l'opportune page 63 ? Pas celle de William Wats réimprimée à Paris en 1644, dont le titre courant des pages paires est Matth. Paris. Hist. Angl. et qu'ont pu utiliser les mauristes, mais où on lit le nombre des manoirs des templiers et des hospitaliers à la page 417. Sinon, le volume comporte deux pages 63 numérotées et une soixante-troisième page, la numéro 46, à cause de dix-sept pages non numérotées en introduction du livre à partir du faux-titre. La première page 63, dans l'édition de l'Historia major, ne nous intéresse pas. À la 46, il est question des templiers et de leurs possessions en 1118, sans chiffrage, et à la seconde page 63, dans les additions (Matth. Paris. additamenta), de l'hôpital Saint-Julien pour les lépreux, à Saint-Albans.(15)
Au total, nous avons un mauvais chiffre, mal référencé et incorrectement retranscrit. Impéritie ou distraction d'un moine ? Malentendu entre collaborateurs ?
Et l'Encyclopédie ?
La tradition historiographique, toutefois, pourrait bien avoir une seconde origine, jusqu'à présent insoupçonnée et à laquelle nous a conduit un érudit normand du XIXe siècle. La Normandie est une province riche d'archives, de vestiges et conséquemment d'études sur la lèpre, dont le pionnier a été Amédée-Louis Léchaudé d'Anisy, sous la Monarchie de Juillet. Son travail a été publié en 1847. L'auteur y a mentionné les deux chiffres qui nous occupent en ces termes : "Dès le commencement du XIIIe siècle, ce fléau avait été tellement multiplié par les croisades qu'il n'y avait pas de villes, de bourgs et même de grandes communes, qui n'eussent leurs léproseries particulières ; et nous voyons Louis VIII léguer par son testament, fait en 1225, cent sous (ou 84 liv. d'aujourd'hui) à chacune des deux mille léproseries de son royaume". Et d'ajouter en note : "Suivant Mathieu Paris, il y avait plus de 19 000 léproseries dans tous les États de la chrétienté".(16) Arrêtons-nous maintenant sur le testament du roi de France. Il est daté de juin 1225 et rédigé en latin. Après les hôpitaux (les maisons-Dieu, ces dernières suivant immédiatement les membres de la famille royale) et avant les monastères et les pauvres (auxquels succèdent les serviteurs), la charité du prince n'a pas négligé les léproseries : "Item donamus et legamus duobus millibus domorum leprosorum decem millia librarum, videlicet cuilibet earum centum solidos".(17) Stipulation que l'emploi d'un génitif partitif invite à traduire par : "De même, nous donnons et léguons dix mille livres (18) à deux mille léproseries, soit à chacune d'elles cent sous". Double millier trop rond, qui n'exprimait là qu'une quantité remarquable, qu'aucune enquête, aucun inventaire n'avait déterminée.(19) Quant au royaume comme aire de distribution des aumônes, il n'est, au mieux, qu'implicite. Il n'en allait sûrement pas différemment des deux cents maisons-Dieu également légataires. Et ni par quelque liste ou compte, ni par leurs archives, le cas échéant, nous ne connaissons les établissements bénéficiaires. Ils ont dû être laissés à la discrétion des exécuteurs testamentaires, si tant est que les sommes prévues aient été dûment versées à la mort du roi, laquelle n'est survenue, quoique prématurément, qu'en novembre 1226.(20) Bref, il n'y avait pas davantage 2 000 léproseries dans le royaume de France qu'il n'y en avait 19 000 dans la chrétienté, au premier XIIIe siècle.
Reste cette curieuse équivalence monétaire de 84 livres pour 100 sous qu'a cru bon de préciser Léchaudé d'Anisy. Telle équivalence, qu'on attendrait en francs en 1847, remonte en réalité au Siècle des Lumières. L'antiquaire normand l'a manifestement empruntée, sans le citer cependant, au chevalier Louis de Jaucourt, auteur de l'article "Léproserie, maladrerie" dans l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, dont Jaucourt a été le plus gros contributeur : "[…] ce terme […] ne s'appliquoit autrefois qu'aux seuls hôpitaux, destinés pour les lépreux. Matthieu Paris comptoit dix-neuf mille de ces hôpitaux dans la chrétienté, & cela pouvoit bien être, puisque Louis VIII dans son testament fait en 1225, lègue cent sols, qui reviennent à environ 84 livres d'aujourd'hui, à chacune des deux mille Léproseries de son royaume".(21) La source de Léchaudé d'Anisy a donc été l'Encyclopédie et non pas le Glossaire, même augmenté, qui ignore d'ailleurs le legs de Louis VIII le Lion. Sur la lèpre en Normandie, l'étude de Léchaudé d'Anisy a été le recours obligé de générations d'historiens régionaux et locaux. Au risque de l'aberration. L'un de ces historiens, en 1977 encore, a creusé l'anachronisme de Léchaudé, faute de l'avoir compris, en décontextualisant complètement l'équivalence en livres, au point d'imaginer qu'elle correspondait à une rente perpétuelle : "En 1225 […] Louis VIII se signale à la reconnaissance des générations à venir en léguant, par testament, cent sols pour chacune des maladreries du royaume, soit 84 livres qui furent toujours réglées par la couronne, alors que dès le XVe siècle la lèpre elle-même était en nette régression en France".(22) Cet avatar normand trahit un processus historiographique dont il y a fort à parier qu'il a été aussi universel que le succès de l'œuvre dirigée par Diderot. Mais si Jaucourt est à l'origine de cette tradition, il a très probablement lui-même tiré le chiffre "européen" dirons-nous, qu'il associe sans réserve à Matthieu Paris, du Glossaire édité par les mauristes plusieurs années avant l'Encyclopédie, amplifiant ainsi l'influence du Du Cange. Et pour le chiffre français, n'aurait-il pas été le débiteur de Voltaire, presque mot pour mot ? "Le testament de Louis VIII mérite seulement quelque attention. (1225) Il lègue cent sous à chacune des deux mille léproseries de son royaume", lit-on dans l'Essai sur les mœurs et l'esprit des nations, dont l'auteur a en outre insisté sur le "prix des monnaies", relativement à la libéralité de son mari envers la reine Blanche de Castille.(23) Au XIXe siècle, Voltaire a été directement cité par Émile Littré, dans son Dictionnaire de la langue française.(24) Gageons que cela n'a pas été non plus sans incidence historiographique.
Extrapolations
Ce nonobstant, les médiévistes n'ont pas repris le faux chiffre européen et les historiens en général, qu'ils fussent ou non du métier, se sont souvent méfiés du chiffre français ou ont tenté de l'interpréter en jouant de l'extrapolation, au lieu de vraiment le critiquer. Godefroid Kurth, déjà, avait choisi d'appréhender de cette façon les deux chiffres : "Si l'on veut réfléchir qu'à cette date la France n'avait pas la moitié de sa superficie d'aujourd'hui, on arrivera facilement au chiffre de 4 000 pour la France actuelle, et le chiffre de 19 000 pour toute l'Europe chrétienne ne paraîtra pas exagéré".(25) Lallemand l'avait suivi pour le chiffre européen et on en trouve une plus lointaine résonance pour le chiffre français chez Jean Imbert, puis chez Jacques Ruffié et Jean-Charles Sournia, ces derniers ayant poussé l'estimation à "plus de cinq mille maisons pour la France actuelle", considérant que les deux mille léproseries appartenaient au "domaine propre" du roi et non au royaume mais que le testament exagérait leur nombre "pour exalter la générosité du prince".(26) Robert-Henri Bautier, de son côté, a aussi usé de l'extrapolation, mais a contrario pour valider le chiffre du testament, en partant des 340 léproseries qu'il a répertoriées dans le seul domaine royal de la fin du XIIe siècle, grâce à un rôle des aumônes royales de Carême, et en admettant que le royaume de Louis VIII dans son ensemble ait donc pu en renfermer six fois plus. À l'inverse de Ruffié et Sournia, il en a déduit que le chiffre du testament devait être inférieur à la réalité.(27) Enfin, les deux promoteurs du renouvellement des études historiques sur la lèpre dans les années 1980-1990, Françoise Bériac et François-Olivier Touati, ont lu Bautier bien entendu mais F. Bériac, attentive à une traduction du latin moins déterminante, nous l'avons vu, s'est interrogée, sans s'y hasarder, sur la valeur d'une extrapolation, tenant pour vain au demeurant, et partageant en cela l'opinion de J. Imbert émise quarante ans auparavant, tout recensement exact des maladreries à l'échelon national. Un autre médiéviste comme Hervé Martin a calé son propos sur celui de sa collègue.(28) François-Olivier Touati a d'abord illustré par les deux chiffres la "floraison" des léproseries en Occident du XIe au XIIIe siècle, et a lié le testament de Louis VIII à la confusion supposée de Du Cange par le crédit de l'un dans l'esprit du second.(29) Or, répétons-le, ni Du Cange ni les mauristes n'ont parlé du testament et les erreurs, non intentionnelles certainement, de ceux-là n'en sont, a priori, que plus inconcevables. L'historien s'est toutefois focalisé sur le legs de 1225, qu'il a replacé dans le cadre de l'évolution de l'aumône royale sous les Capétiens, notablement étudiée par R.-H. Bautier.(30)
Ne se contentant pas de conjectures, il a surtout dressé l'atlas-répertoire, par diocèses, de près de quatre cents (395) léproseries "attestées" dans la province ecclésiastique de Sens, c'est-à-dire un Bassin parisien qui s'étendait de notre Ile-de-France au Nivernais et des pays Chartrain et Blésois à la Champagne méridionale, offrant, à ce jour, l'unique enquête systématique d'envergure publiée en France, voire en Europe.(31) En 1891, Kurth ne se berçait guère d'illusions : "il faudra sans doute un siècle avant qu'on parvienne à biffer définitivement, de l'histoire à l'usage du grand public, les 19 000 léproseries de Mathieu Paris". Et de moquer les responsables : "Tous les érudits l'ont reproduite [l'erreur] sans prendre la peine de retourner à la source citée par Ducange ; il en est même qui affectent de citer directement Mathieu Paris comme s'ils le connaissaient autrement que par le glossaire de Ducange. D'autres, qui affectionnent les chiffres ronds, ont remplacé 19 000 par 20 000, et c'est ce dernier chiffre qui triomphe chez les vulgarisateurs".(32) Comme bien d'autres clichés sur la lèpre médiévale, celui-ci doit maintenant tomber en effet. Et si oui, malgré tout, il y a eu des milliers de maladreries au Moyen Âge en France et en Occident, il faut substituer aux extrapolations peu ou prou aventureuses et jamais satisfaisantes, basées sur des chiffres fallacieux ou discutables, les données d'investigations rigoureuses et problématisées au niveau régional, que continuent de mener, en s'aidant d'érudits précurseurs, les historiens des récentes décennies, en France et dans l'Europe voisine.

ABSTRACT
Twenty thousand leprosaria in the Middle Ages ? French tradition of a historiographic cliché.
Until today, and even in the writings of the best authors, one of the most persistent historiographic clichés on leprosy in the Middle Ages, is related to the alleged number of hospitals where the victims were tended at the time: 19 000 in Christendom, 2 000 in the Kingdom of France. The first figure was wrongfully ascribed by Du Cange's continuators to the English chronicler Matthew Paris, who meant in fact the houses of the order of the Hospitallers of Saint John of Jerusalem. The criticism of this figure was expressed as early as the 19th century but did not get any subsequent echo. None ever really dealt with the second one, which appeared in the king of France Louis VIII's will of 1225. Now neither was the distribution area of the pious bequests specified in this will, nor was its execution confirmed. More than Du Cange's augmented Glossarium, Diderot's Encyclopédie, citing these two figures, seems eventually to have been at the source of such a long and erroneous historiographic tradition, the succeeding authors taking each other's word for it. At best, they indulge in vain extrapolations. We now have to substitute them for the fruit of methodical investigations, a task some researchers have been tackling for a few decades.

(1) http://www.cosmovisions.com/ChronoLepreuxMA.htm
(2) N. Bourcart, article "Lèpre", Encyclopædia Universalis, corpus 13, Paris, 1995, p. 636, col. 1.
(3) J. Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p. 159 ; J. Imbert, Les hôpitaux en France, PUF (Que sais-je ?), 1974 (1e éd. 1958), p. 15 ; J. Le Goff, La civilisation de l'Occident médiéval, Arthaud, 1964, p. 393 (rééd. Flammarion, 1982, p. 295), et avec N. Truong, Une histoire du corps au Moyen Âge, Liana Levi, 2003, p. 116 ; M. Mollat, "Floraison des fondations hospitalières", dans J. Imbert dir., Histoire des hôpitaux en France, Privat, 1982, p. 37.
(4) M. Foucault, Histoire de la folie à l'âge classique, Gallimard, 1972, p. 13. M. Mourre, Dictionnaire encyclopédique d'histoire, Bordas, 1978, "Lèpre", p. 2645.
(5) Matthieu Paris, Chronica Majora, éd. H. R. Luard, Londres, 1872-1883 (Rerum Britannicarum medii ævi scriptores, 57), 7 vol., t. 4, p. 291. Sur ces chiffres pour les ordres militaires, voir par exemple A. Demurger, Chevaliers du Christ. Les ordres religieux-militaires au Moyen Âge, Éd. du Seuil, 2002, p. 123.
(6) G. Kurth, "La lèpre en Occident avant les croisades", Congrès scientifique international des catholiques, 5e section (sciences historiques), avril 1891, Paris, Alph. Picard, 1891, pp. 143-144 (voir aussi Bloud, 2e éd., 1907, p. 55).
(7) Du Cange, Glossarium mediæ et infimæ latinitatis, éd. G. A. L. Henschel, Paris, Éd. Firmin Didot, 1840-1850, 8 vol., t. 4, p. 70, col. 2, "Leprosaria".
(8) J. Y. Simpson, "Antiquarian Notices of Leprosy and Leper Hospitals in Scotland and England", The Edinburgh Medical and Surgical Journal, t. 56, 1841, pp. 302-303. Sagacité qui ne vaut pas du tout, en revanche, pour le testament de Louis VIII, pris pour un code de lois de 1226 réglementant les deux mille léproseries du royaume. Nos remerciements à la Bibliothèque de l'Université d'Édimbourg pour l'aimable communication de cet article.
(9) L. Lallemand, Histoire de la charité, Paris, Alph. Picard, 1902-1912, 5 vol., t. 3 (1906), p. 241 et n. 20.
(10) Encyclopædia Britannica, 11e édition, Cambridge, University Press, 1910-1911, t. 16, "Leprosy", p. 480, col. 1. Cet auteur s'est en outre trompé sur les dates de publication de l'article de Simpson, donnant celles de 1846-1847 au lieu de 1841-1842 (cf. p. 481, col. 1).
(11) G. Kurth, op. cit., p. 144, n. 1 (Bloud, p. 56, n. 3 p. 55).
(12) Voir par exemple F.-O. Touati, "L'apparition des léproseries dans la province ecclésiastique de Sens", Santé, médecine et assistance au Moyen Âge, Paris, Éd. du CTHS, 1987, p. 381. Observation reprise dans Archives de la lèpre, Paris, Éd. du CTHS, 1996, p. 9.
(13) Encore dans une édition de 1710 du Glossarium ad scriptores mediæ et infimæ latinitatis, à Francfort-sur-le-Main, t. 3, p. 279.
(14) Matthieu Paris, Historia Anglorum, éd. F. Madden, Londres, 1866-1869 (Rerum Britannicarum medii ævi scriptores, 44), 3 vol.
(15) Matthieu Paris, Angli. Historia major, éd. W. Wats, Londres, 1640. Voir aussi J. Simpson, op. cit., note p. 303.
(16) A.-L. Léchaudé d'Anisy, "Recherches sur les léproseries et maladeries dites vulgairement maladreries, qui existaient en Normandie", Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, t. 17, 1847, p. 152 et n. 3.
(17) "Testamentum Ludovici VIII, Francorum Regis", éd. M.-J.-J. Brial, Recueil des historiens des Gaules et de la France (Rerum Gallicarum et Francicarum scriptores), t. 17, Paris, 1818, pp. 310-311 (voir aussi éd. A. Teulet, Layettes du Trésor des Chartes, t. 2, Paris, 1866, n° 1710, pp. 54-55).
(18) Des livres tournois plutôt que parisis ? Les deux monnaies ont eu cours dans le royaume de France, au XIIIe siècle, mais la frappe des deniers parisis avait cessé à la mort de Philippe Auguste. Cf. É. Fournial, Histoire monétaire de l'Occident médiéval, Paris, Fernand Nathan (Fac), 1970, pp. 70, 82.
(19) Cf. R.-H. Bautier, "Les aumônes du roi aux maladreries, maisons-Dieu et pauvres établissements du royaume", Assistance et assistés jusqu'à 1610, Paris, CTHS, 1979, p. 52.
(20) Sur ce roi, voir Ch. Petit-Dutaillis, Étude sur la vie et le règne de Louis VIII, Paris, 1894 (testament pp. 362-363, 385, 387-389, 484, mais rien sur les legs pieux), et G. Sivéry, Louis VIII le Lion, Fayard, 1995 (testament pp. 350-354). Sur les "testaments" des rois capétiens, voir l'analyse de J. Le Goff, dans son Saint Louis, Gallimard, 1996, pp. 75-77.
(21) L. de Jaucourt, article "Léproserie, maladrerie", dans D. Diderot dir., Encyclopédie, ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, 17 vol., 1751-1765, t. 9, p. 395, col. 2.
(22) J.-F. Dupont-Danican, "Maladreries en Pays de Caux et commanderies de Saint-Lazare de Jérusalem", Bulletin de la Société française d'histoire des hôpitaux, n° 34, 1977, p. 52.
(23) Première édition intégrale, à Genève, en 1756. Cf. Œuvres complètes de Voltaire, nouv. éd., Paris, Garnier Frères, 1878, p. 425 (chap. LI). Le legs de 30 000 livres à la reine Blanche "revenait à cinq cent quarante mille livres d'aujourd'hui", soit un rapport de 1 à 18. Ibid., p. 426. Ce rapport appliqué aux cent sous des léproseries donne 90 livres pourtant, et non pas 84 (rapport de 1 à 16,8 ici).
(24) Premières éditions, chez Hachette, à partir de 1863, article "Léproserie".
(25) G. Kurth, op. cit., p. 144 (Bloud, p. 56).
(26) L. Lallemand, op. cit., p. 241. J. Imbert, Les hôpitaux en France, op. cit., p. 15. J. Ruffié et J.-C. Sournia, Les épidémies dans l'histoire de l'homme, Flammarion, 1984, pp. 152-153.
(27) R.-H. Bautier, op. cit., pp. 51-52 (voir aussi pp. 45-48, et append. II, de F. Maillard, liste des maladreries, pp. 79-100). L'auteur s'est mépris en revanche sur le nombre de maisons-Dieu légataires (mille) et sur les montants des legs à ces maisons et aux léproseries (vingt sous à chacune indistinctement).
(28) F. Bériac, Histoire des lépreux au Moyen Âge, Paris, Imago, 1988, p. 166. J. Imbert, Les hôpitaux en droit canonique, Paris, Vrin, 1947, p. 153. H. Martin, Mentalités médiévales II, PUF (Nouv. Clio), 2001, p. 76.
(29) F.-O. Touati, "L'apparition des léproseries dans la province ecclésiastique de Sens", op. cit., p. 381, et Archives de la lèpre, op. cit., p. 9. Datation fautive de 1227 du testament de Louis VIII, comme J. Imbert, Les hôpitaux en droit canonique, supra, ou J. Le Goff, La civilisation de l'Occident médiéval, op. cit.. Corrigée dans Archives de la lèpre, p. 70, et l'ouvrage ci-après.
(30) F.-O. Touati, Maladie et société au Moyen Âge. La lèpre, les lépreux et les léproseries dans la province ecclésiastique de Sens jusqu'au milieu du XIVe siècle, Paris-Bruxelles, De Boeck Université, 1998, p. 288 (voir aussi Archives de la lèpre, p. 70) et p. 495. Mais ici, traductions contradictoires : "à 2 000 léproseries" p. 288, "aux deux mille léproseries" p. 495.
(31) F.-O. Touati, Archives de la lèpre, op. cit., pp. 233-365 (et son analyse sur "L'apparition des léproseries", pp. 29-85).
(32) G. Kurth, op. cit., pp. 143-144 et n. 1 (Bloud, p. 55 et n. 3).


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