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Événement

Au nom de ma peau

Après le désespoir, la peine, le recueillement et le deuil, vient le temps des analyses et des propositions pour éviter durablement que se renouvellent trop souvent des actes terroristes commis par des français sur notre sol.

Chacun n'a qu'une peau et souhaite la conserver ou en tout cas ne pas la perdre ainsi.

Au nom de ma peau, j'estime que depuis 30 ans la plupart des dirigeants de ce pays, portés par une adhésion aux concepts néo-libéraux et par une conception qui fait de la rationalité économique la seule explication plausible du fonctionnement de nos sociétés, sont aussi responsables de ce qui s'est passé.

Au nom de ma peau, je désapprouve l'abandon progressif et systématique des valeurs de la République et la négation des principes républicains : un État neutre au service de l'intérêt général dont les dirigeants seraient des servants exemplaires et magnifiques.

Au nom de ma peau, je dénonce les élites du pays qui adorent l'argent, le profit, le pouvoir et la surexposition médiatique.

Au nom de ma peau, je condamne toute ostracisation d'une partie de la population, les manipulations sécuritaires, l'individualisation à outrance commandée par le marketing qui substitue le consommateur au citoyen.

Au nom de ma peau, je réclame l'abandon des politiques économiques qui ont pour but d'enrichir une minorité, de précariser une partie croissante de la population et d'organiser la ruine des États.

Au nom de ma peau, je constate que depuis trente ans, les responsables de ce pays ont démantelé trois siècles d'histoire : le socle républicain porté par la devise " Liberté, égalité, fraternité " créés au XVIIIème, les acquis sociaux chèrement obtenus au cours du XIXème et le pacte social issu des travaux du Conseil de la Résistance au XXème.

Globalement, le niveau de vie a cru tandis que les écarts se sont creusés et la paupérisation s'est étendue. Il n'y a jamais eu autant de biens disponibles, mais il n'y a jamais eu autant de français dans l'impossibilité de simplement se nourrir et se loger.

Comment ne pas voir que cette situation profondément injuste ne peut que conduire à la dilution des liens sociaux, à la déstructuration des citoyens, à la frustration, la colère et l'indignité d'une part croissante d'individus qui ne sont plus reconnus par ce qu'ils sont mais par ce qui leur manque (emploi, toit, repas...) !

Quelle estime de soi peut avoir d'elle-même une part de la population rejetée du niveau de consommation présenté comme la norme par les sirènes du néo libéralisme ?

Comment alors s'étonner si cette même population est prête à se livrer à toutes les extrémités pour retrouver du sens à sa vie, une capacité à agir sur son destin et de la fierté.

Au nom de ma peau, je souhaite mettre un terme à cette organisation sociale déficiente et à créer une société respectueuse de chacun.

Au nom de ma peau, j'aspire à plus de solidarité pour que personne ne reste au bord du chemin ; c'est la mise en œuvre du principe d'égalité.
Au nom de ma peau, je vois d'abord en l'autre un autre être humain à qui je dois assurer dignité et respect et non pas un étranger ou un concurrent que je dois repousser ou éliminer. Il n'est pas neutre de désigner des hommes ou des femmes par des particularités qui les stigmatisent : SDF, handicapés, sans papier, chômeurs, jeunes... on devrait dire êtres humains privés de logement, êtres humains en situation de handicap, êtres humains ayant quitté leurs pays d'origine en dehors des règles en vigueur, êtres humains sans emploi, êtres humains âgés de moins de...  ; c'est la mise en œuvre du principe de fraternité.

Quand nous aurons assuré collectivement l'égalité à tous les êtres humains dans un sentiment de fraternité, alors nous aurons gagné la liberté de la créativité qui autorise l'expression de toutes les différences, y compris cultuelles en garantissant le caractère laïque de l'espace public.

Au nom de ma peau, je réclame que toutes les lois et réglementation soient passés immédiatement au tamis de ces trois principes en vue d'éliminer les textes qui ne les respectent pas strictement. C'est de la responsabilité des politiques et des citoyens qui les désignent.

Mais au nom de ma peau, j'ai, comme toi, ma propre responsabilité immédiate : celle d'accueillir l'autre avec bienveillance et de saluer chaleureusement l'être humain qui est en lui, avant de percevoir peut-être les différences qui le singularisent.

Au nom de ma peau, plus personne ne doit se sentir rejeté, méprisé, isolé, ostracisé. Nous n'avons qu'une peau à sauver et cette peau, au-delà d'une pigmentation différenciée, est la même pour chaque être humain.

Elle est celle qui crée notre personnalité en nous séparant des autres et du reste du monde, mais elle est aussi celle qui depuis notre naissance nous unit à l'autre, au plaisir et au bonheur : aucun être humain ne se développe harmonieusement sans caresse.

Au nom de ma peau, mais aussi au nom de la tienne, je ne vois pas d'autres solutions durables pour désarmer les êtres humains qui choisissent la voie du terrorisme pour exister.
Et ne sauvent pas leur peau !

Willerval
janvier 2015

Auteur concerné :

. Willerval


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